Intrusion

Intrusion, Natsuo Kirino En refermant ce livre, je me suis demandé pourquoi il m’avait été proposé dans le cadre de ma participation au jury roman policier Seuil, en partenariat avec Babelio… Ce qui m’a néanmoins permis encore une fois de m’interroger sur la notion de polar et de roman policier, et de me rendre compte qu’elle est ; finalement, pour le moins vague et renferme des réalités que je ne soupçonnais pas. Car ici, il n’est question ni de meurtre, ni de thriller, ni même d’ambiance angoissante mais d’une énigme et de l’enquête qui tente d’y répondre. Ce qui a première vue semble être le moins pour un roman policier.

En effet, une écrivain, Chiyoko Tamaki se demande qui est la mystérieuse O. décrite dans un roman sulfureux, Innocent, paru quelques années auparavant. Comme l’auteur Mikio Midorikawa y parle de sa femme, de ses enfants, y décrit sa vie à une certaine époque de sa vie, elle pense tout naturellement que son amante a existé. Mais alors, pourquoi personne n’a mis de visage, ni même de nom sur cette initiale ?

Très vite, on se rend compte que cette intrigue n’est qu’un prétexte a une réflexion, intéressante par ailleurs, sur la part de réalité dans la fiction, ou plus précisément dans l’auto-fiction… mais aussi sur le travail de l’écrivain (au Japon du moins) ainsi que sa relation avec son éditeur et le monde littéraire. Car l’auteur est également en plein élaboration d’un nouveau roman dont le thème (la séparation et l’oubli, la « suppression » de l’amour) lui a été inspiré justement par Innocent.

Ayant particulièrement apprécié Out (In est en quelque sorte son pendant, comme nous l’apprend la traductrice dès les premières lignes) et Monstrueux, je me faisais une joie de lire Intrusion. Mais j’ai été déçu, car ce qui aurait pu être un très bon livre, dans le fond, s’avère au final un exercice plutôt brouillon. Si l’idée de mise en abyme et de parallèle entre la vie sentimentale et amoureuse de Mikio Midorikawa et celle de Tamaki s’avère judicieuse, la manière dont elle est traitée tend à perdre le lecteur. Pour ma part, j’ai parfois eu du mal à démêler les différentes période de la relation tumultueuse de Tamaki et de son amant et agent littéraire. Même si les dernières pages tendent à sauver l’oeuvre, ce n’est malheureusement pas suffisant.

Trotski

TROTSKI, Robert SERVICE Voilà bien un nom dont on a forcément entendu parler. Et pourtant, sait-on vraiment qui se cache derrière ce pseudonyme ? L’image que l’on garde en tête après en avoir entendu parler au collège et au lycée, colle-t-elle vraiment à la réalité ? Pour ma part, j’ai surtout retenu que c’était le créateur de l’armée rouge (ce qui avait une connotation sanguinaire dans la bouche du prof, quand il nous parlait de l’affrontement entre les Rouges et les Blancs) et qu’il a été évincé par STALINE à la tête de la jeune U.R.S.S. Plus tard, j’ai appris qu’il avait été assassiné au Mexique. Et c’est à peu près tout. Si on prend en compte les groupuscules d’extrême-gauche qui revendiquent son héritage, on peut imaginer que c’était un des penseurs du siècle dernier, mais difficile d’expliquer ce qu’est le trotskisme et la quatrième internationale.

Heureusement, l’Opération Masse Critique de Babelio est venu combler mes lacunes avec cette monumentale biographie que l’on doit à Robert SERVICE ! Car enfin, entre 1879 et 1940, il s’en est passé des choses. Non seulement dans la vie de TROTSKI, mais surtout dans le monde ! En effet, cet ouvrage – et c’est une de ses forces – permet de se rendre compte de l’évolution de la Russie entre la fin de l’ère tsariste et le début de la jeune république soviétique. Plus qu’une évolution, une mutation. Que l’on doit à une poignée d’hommes, parmi lesquels TROTSKI. Fils d’un petit propriétaire terrien juif, Leiba BRONSTEIN, de son vrai nom, est issu d’un milieu plutôt favorisé (ce qu’il s’efforcera de passer sous silence dans son autobiographie) et part poursuivre ses études chez des cousins éloignés à Odessa. Brillant étudiant, c’est là qu’il commence à être influencé par un petit groupe révolutionnaire et renonce à devenir ingénieur. Dès lors, sa vie sera entièrement consacrée à la révolution. Quitte à aller en prison ou à s’exiler (dans la Russie même ou en Europe). D’ailleurs, la révolution de février 1917 le prend au dépourvu, et il se dépêche de rentrer des Etats-Unis, lui qui avait déjà été présent lors de la précédente tentative de 1905. La suite, on la connaît…

Mais Robert Service ne se contente pas d’évoquer l’Histoire, il s’attache aussi à montrer l’homme qui existait sous le personnage public. Certes, il était naturellement brillant et savait haranguer les foules comme personne, pouvant retourner une situation délicate à son avantage. Certes il avait des facilités d’écriture, et ne pouvait s’empêcher de passer une journée sans griffonner des articles ou des livres plus ou moins politiques. Mais c’était un homme qui souffrait souvent de syncope (on ne sait toujours pas si ce n’était pas plutôt des crises d’épilepsie, car la maladie était mal diagnostiquée à l’époque, et mal vue), qui était souvent arrogant, hautain, et n’a pas hésité à abandonner une première femme et ses deux filles. Par la suite, il a été fidèle à sa seconde compagne (même s’il a eu une brève aventure à la fin de sa vie, au Mexique, avec Frida KAHLO). Mais plus que tout il a essayé d’être fidèle à l’idée qu’il se faisait de la révolution. Idée qui était fortement imprégnée de la Révolution française et de la terreur… Si son objectif était la démocratie, les chemins qu’il entendait emprunter pour y parvenir n’étaient pas les plus justes pour le plus grand nombre…

Bref, il est difficile de résumer une telle biographie (près de 500 pages quand même, grand format : un pavé !), mais l’auteur sait la rendre intéressante avec un style vivant, plaisant à lire. Le genre de bouquin qui vous fait apprendre sans s’en rendre compte, et passer agréablement le temps.


En vrac #8

  • En cette fin de dimanche plutôt tranquille, je m’interrogeais sur ce qu’il convient d’appeler l’affaire du Carlton de Lille. Ou plutôt devrai-je préciser, l’affaire de proxénétisme du Carlton. Et là, je ne peux pas m’empêcher de penser, peut-être à tort, que le vocabulaire est mal choisi. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que tout ça se terminera comme l’affaire Zahia… Il serait grand temps d’arrêter l’hypocrisie et de reconnaître que si certaines femmes sont sexuellement exploitées, d’autres tirent leur épingle du jeu : les fameuses escorts. Si depuis le début de l’affaire on parle de proxénétisme, puis d’un certain Dodo la Saumure (on aurait voulu trouver un sobriquet peu crédible pour un roman de gare, on n’aurait pas fait mieux), qui accréditeraient la thèse de l’exploitation d’innocentes oies blanches venues de pays en voie de développement voire sous développés aux mains d’affreux mafieux, ce n’est que depuis peu qu’on laisse glisser de-ci de-là le terme escort. Eh oui, faudrait pas oublier que tout ça ne se passe pas dans des caves sordides, mais dans des boxons de rêves… Il ne faut pas oublier que les courtisanes ont toujours existé – n’en déplaisent aux législateurs puritains – et que depuis la nuit des temps, au moins, de nombreuses femmes ont su profiter de cette loi de l’offre et de la demande, qui semble tant choquer, actuellement.
  • Par contre, qu’on retire l’aide sociale européenne aux associations semble moins dérangeant. Si l’on voulait tout faire pour que les germes d’une révolte – voire d’une révolution – arrivent à maturité, on ne s’y prendrait pas mieux. A moins qu’on veuille que les gueux, crèvent en silence, dans leur coin. A la périphérie. Dans les campagnes. Loin des boxons de rêve… Ou que, par nécessité, ils commencent à voler, pour se nourrir, ou nourrir leur famille… De toute façon, ceux qui font, et laissent faire, ont d’autres priorités en tête.
  • Ainsi, dans notre beau pays, plutôt que d’avoir le courage, pour ne pas dire les cojones, de proposer un budget qui ne nous sortirait peut-être pas de la crise (d’ailleurs on n’y est plus selon Notre Président depuis pas mal de mois déjà…) mais au moins limiterait les dégâts pour le plus grand nombre, on s’écharpe sur des niches fiscales qui ne profitent qu’à une minorité… Que penser de celle accordée pour les chevaux de courses ! Que penser de la devise française en cette période, qui semble à des années-lumières des préoccupations politiciennes… C’est vrai qu’une élection présidentielle pointe le bout de son nez… Donc, vaut mieux s’agenouiller servilement devant le grand Capital, comme on disait dans le temps, et leurs acolytes mortifères que sont les agences de notations. La Peste et le Choléra de ce début de siècle…