En vrac #5

Parce que ça fait bien longtemps que j’avais pas sciemment pollué la blogalaxie de considérations plus ou moins inutiles…

Dans le désordre ou presque donc :

  • je ne sais pas si je deviens de plus en plus cynique – ou réaliste – mais n’est-ce pas pour le moins étrange que M. KAROUTCHI fasse son coming-out comme on dit si bien en français alors qu’il est – comme par hasard – plutôt mal placé dans une vague élection en Ile-de-France ? (Entendons-nous bien, je n’ai rien contre la communauté gay et ne pense pas qu’elle va bêtement voter pour lui pour ce seul motif, rappelons simplement qu’ici il m’arrive de traiter de pseudo-politique de bistrot)
  • y’en a qui pensent avoir trouvé le filon avec tout le tintamare qu’il y eut autour des traders et des dérives financières. Ainsi, M. FIORENTINO nous sort Un Trader ne meurt jamais (on admirera au passage le titre…). J’attends donc d’être tiré au sort par Babelio parce que je suis tout de même curieux, mais trop radin (vais pas aller enrichir un bonhomme qui a déjà plus que de quoi « bien » vivre…)
  • à propos de Walkyrie qui est sorti ce mercredi, j’ai lu quelque part (mais impossible de retrouver où) que « STAUFFENBERG est quasiment inconnu en France mais est un héros en Allemagne ». Là, j’ai failli m’emporter tout seul : « La vanne ! Déjà qu’on ne connaît pas les principaux chefs de résistance français – si ce n’est Max – ni même qu’il y eut une résistance civile allemande comme La Rose Blanche » mais c’est pas bon pour ma supposée hyper tension, donc je me suis rappelé que tout le monde n’a pas eu la chance de regarder les chroniques d’Alexandre ADLER sur feu La Cinquième, qui en parlait déjà et tentait de vulgariser ce fait historique y’a une bonne dizaine d’années déjà, avec beaucoup moins de glamour qu’Hollywood, certes. Mais j’essaierai quand même de voir le film : curiosité quand tu nous tiens, décidément…
  • sur France 3 hier soit on avait droit à un téléfilm qui visait – sûrement – à démystifier la communauté asiatique en France, mais une réplique dès le début a suffi à me dissuader de regarder plus : « Je suis chinoise mais je me sens française. C’est juste à cause de ma gueule : jaune à l’extérieur mais blanche à l’intérieur. Une banane quoi ! » Ou un truc du genre. Et là, je me suis dit qu’on risquait d’avoir droit à la totale, et ça n’a pas manqué d’après les quelques minutes suivantes : le poids des traditions pour les parents qui veulent absolument marier leur fille à un asiatique, et le corollaire qui va avec : l’histoire d’amour fou impossible à la Romeo & Juliet entre une Asiatique et un Black. Bref, je ne pense pas avoir eu tort de ne pas regarder

Louise-Michel

Louise-MichelLe film démarre sur les chapeaux de roue avec une scène pratiquement aussi comique que l’ouverture de Death at Funeral et dans le même genre. On assiste à une crémation. Sauf que le cric fait un boucan d’enfer et qu’il faut bien ajuster pour que le cercueil aille dans l’incinérateur. Sauf aussi que le dit incinérateur manque de combustible et qu’on est obligé de demander du feu à la famille du défunt… Le tout sur fond d’Internationale jouée sur une cassette.

Voilà, le ton est donné d’emblée. En même temps, pouvait-on attendre autre chose d’un film réalisé par Benoît DELEPINE et Gustave de KERVEN (qui – faut-il le rappeler ? – officient toutes les semaines dans Groland Magzine) ?

Et comme bien souvent dans l’émission, on aborde un sujet brûlant d’actualité et on enrobe le tout d’humour noir grinçant. Ici, un patron déménage les machines de son usine dans la nuit, discrètement, après avoir préalablement gracieusement offert à ses employées une nouvelle blouse avec leur nom brodé (comble du cynisme, car il doit se douter qu’elles vont à leur manière fêter ce petit événement…) pour leur remercier de ne pas avoir céder aux sirènes des 35 heures et continuer de travailler 45 heures hebdomadaires et également avoir consenti à geler leur salaire et même n’accepter aucune augmentation. Mais comme le dit le DRH (Francis KUNTZ égal à lui-même de mauvaise foi) : « c’est la crise, donc faut se serrer les coudes ! »

Que faire alors ? Ouvrir une pizzeria en mettant en commun l’argent que le syndicat leur versera ? Non, Louise a une bien meilleure idée : engager un tueur à gages pour buter le patron ! Et Louise sait de quoi elle parle, car un jour, trop avinée, elle a tué le banquier qui voulait qu’elle paye ses dettes… Mais les tueurs à gage, ça court pas les rues, et n’en est pas non plus qui veut, et Michel, que notre héroïne trouve, justement, au coin d’une rue ou presque, une fois le fric gagné, préfère demander à sa nièce…

Mais n’en disons pas plus, ça gâcherait les surprises…


Voilà un film que je conseille vivement avec un casting détonnant : Yolande MOREAU génialissime avec sa démarche pataude de louve et Bouli LANNERS – que je ne connaissais pas – en apprenti tueur pathétique et rêveur. On notera aussi l’apparition en « guest » de Benoît POELVOORDE en ingénieur métallurgiste qui écrit un livre qui fera grand bruit à propos de la destruction des tours du Word Trade Center et qui « forge » les armes de Michel. Les habitués de Groland se délecteront des fesses maigrichonnes de « Notre Président » qui se déhanche à la barre d’un bar belge… Sans oublié Matthieu KASSOWITZ en éleveur bio ou encore Philippe KATHERINE en chanteur crucifié.

On m’apprend dans l’oreillette que le film vient de recevoir le prix spécial du jury au Festival de Sundance 2009 pour son « originalité ». Qu’attendez-vous donc encore pour le voir ou le revoir (si tant est qu’il passe encore près de chez vous…) ?

J’oubliais : ne partez pas avant la fin du générique, y’a un petit bonus on va dire.

Monstrueux

MonstrueuxDès que j’ai su qu’un nouveau roman de Natsuo Kirino sortait, j’ai eu tout de suite envie de le lire, tant Out m’avait plu. Mais comme bien souvent, j’ai dû attendre et me le suis offert pour Noël. Et je ne le regrette nullement !!!

Comme Out, il est ici question de meurtre et de femme. Sauf qu’ici, ce sont deux femmes qui meurent. Deux prostituées. Une qui l’est parce que c’est ce qu’elle a toujours fait et n’aime que le sexe

- (…) Qu’est-ce que tu cherches ? Je veux dire, ici. Tu es venue pour étudier? Ou pour t’amuser avec tes copines de clubs? Les deux, peut-être ? (…)
– Eh bien, disons… pour le sexe, je crois.
– Alors comme ça, t’aimes ça ?
– J’adore

L’autre qui, malgré son emploi de directrice adjointe dans une grosse boîte de Tokyo, a vendu ses charmes, entre autres, car elle s’est fixée l’objectif d’atteindre coûte que coûte quarante millions Yen avant ses 40 ans. Leur autre point commun ? La première, Yukio, est la soeur de la narratrice, la seconde, Kazue, a été sa camarade au lycée.
Car tout commence avec la narratrice qui décide de rapporter ce qu’elle sait à propos de cette affaire qui a fait grand bruit. Et elle reprend tout depuis le début. Le tout début, lorsque très jeune, elle a compris que sa soeur était monstrueuse ou plutôt avait une beauté monstrueuse qui la terrifiait, due en partie à son métissage (leur mère est japonaise et leur père suisse).

- C’est Yuriko, maman. Sa tête… Elle me fait peur ! J’avais soudain compris ce que c’était : les yeux de Yuriko ne renvoyaient aucune lumière. Même les yeux des poupées ont toujours un petit point blanc peint au milieu pour suggérer la lumière. Cela donne à leur visage un air doux et charmant ; les yeux de Yuriko, eux, étaient comme deux étangs sombres.

Mais l’intrigue, n’est qu’un prétexte car l’auteur aborde également le thème de la hiérarchie au sein de la société japonaise, où le poids de la naissance a parfois son importance. Ainsi au lycée pour filles de K., plusieurs cercles s’affrontent : celles qui y sont depuis le primaire (les « sang-bleu » pourrait-on dire), celles qui sont entrées sur concours au collège et enfin celles, comme la narratrice, entrées au lycée (et qui devront toujours faire leurs preuves). L’auteur décortique également la jalousie – voire la haine – adolescente qui existe alors.
Deux nouveaux monstres à leur manière apparaissent alors : Mitsuru et Kazue. La première naturellement douée, ambitionne de devenir médecin mais méprise sa mère, gérante de bar et ment sur son origine ; la seconde travailleuse acharnée vit dans son monde (dominé par son père) et ne se rend pas compte qu’on profite d’elle.
Originalité de l’oeuvre, c’est qu’on s’appuie également sur le point de vue de Yuriko grâce à son journal intime ainsi que sur celui de Kazue qui tenait à jour son carnet de clients. Mais également le compte-rendu du procès du Chinois, meurtrier présumé des deux jeunes femmes.

Après la monstruosité « ressentie » vient la monstruosité physique, visible d’une Yukio qui n’est plus que l’ombre de sa jeunesse trop grosse et qui arpente les trottoirs… On assiste de même à la déchéance de Kazue qui après l’agence de call-girl finit par alpaguer le client voire accepter les clochards pour une bouchée de pain, et devient de plus en plus anorexique, persuadée que les hommes n’aiment que les femmes « minces »…

Finalement n’est pas également monstrueuse cette narratrice qui déteste à ce point sa soeur au point de ne pas regretter sa mort voire d’en être indifférente ? Qui envisage aussi de se prostituer pour payer un ordinateur au fils de sa soeur (dont on peut supposer qu’elle est tombée amoureuse).

Bref, on le voit, j’en parlerai des heures encore, si je pouvais, tant les thèmes abordés sont nombreux, et l’oeuvre est plus dense qu’un « simple » polar – ce qui a été une bonne surprise. Coup de coeur de ce début d’année donc, à lire d’urgence !!!

Où il est question d’une méga-liste

Je ne suis pas un habitué du cercle des blogueurs lecteurs ou plutot des lecteurs blogueurs (en effet, je pense être loin de la moyenne nécessaire d’ouvrages lus pour en faire partie et ne pas écrire de suffisamment bons « commentaires »), mais ça y est, je me lance et, suite au billet de fashion victim, participe à mon premier « défi » : celui du Blog-o-trésors !
Evidemment, je m’y suis pris un peu tard (en même temps j’en avais pas entendu parler avant, donc forcément…) du coup, je le fais qu’à moitié, cad que je n’ai qu’à choisir une liste de 4 bouquins dans la Méga-liste et en parler sur mon blog avant le 31 décembre 2009.
Plus facile à dire qu’à faire, car malgré la longueur de la liste, j’ai retenu pas loin d’une cinquantaine de livres plus ou moins intéressants à lire (en ce sens que j’en avais déjà vaguement entendu parler…) au premier coup d’œil. J’ai donc dû y regarder de plus près, et il en est sorti une liste de 20. Pas mal, mais toujours trop…
Après moult et moult relectures ici et là, et pesage de pour et de contre, j’ai enfin réussi à en extraire la substantifique moelle – ou du moins ce qui s’en rapproche le plus.

Les heureux élus sont donc :

  • Terre des oublis, de Thu-huong DUONG (parce que c’est un de ces bouquins qui me fait de l’oeil chaque fois que je vais à la librairie ; sans compter que c’est bientôt le nouvel an chinois et dans ce cadre, une rencontre aura lieu à Toulouse)
  • Moins que zéro, de Brett Easton ELLIS (parce que ça fait trop longtemps que je me dis qu’il faut que je le lise, et que je ne vais pas laisser passer cette occasion)
  • Vente à la criée du lot 49, de Thomas PYNCHON (parce que j’ai adoré V., tout simplement)
  • Le Liseur, de Bernard SCHLINK (parce que depuis le temps que j’en entends parler chez Passou)

Voilà, maintenant, reste plus qu’à lire tout ça, sans compter ma belle PAL bien rangée sur une étagère de ma bibliothèque, et tous les recalés de la liste qui ne vont pas manquer se rappeler bien vite à mon bon souvenir, et les nouveautés qui seront publiées d’ici la fin de l’année, et les classiques que j’ai parfois bien envie de (re-)lire…
Et les journées ne font que 24 heures, et on a qu’une vie…

Trois au cube

Non pas que je sois subitement pris d’une envie de ne traiter que de mathématiques, mais je me rends compte que j’ai oublié de rédiger la note annuelle sur le passage du temps

Je vous laisse donc méditer cette citation :

« Il est une parole, la plus belle qu’ait dite l’homme de Chio : « Comme naissent les feuilles ainsi vont les hommes. » (…) Tant qu’un mortel possède la fleur bénie fleur bénie de la jeunesse, son léger conçoit toutes sortes de projets jamais réalisés. Car il ne s’attend ni à vieillir, ni à mourir, et tant qu’il a a la santé, il n’a point souci de la maladie. Naïfs qu’ils sont d’avoir l’esprit ainsi tourné, et d’ignorer combien bref est le temps de la jeunesse et de la vie pour les mortels ! Mais toi, comprends ces choses, et, songeant au terme de la vie, résous-toi à accorder du bon temps à ton âme. » (Sémonide d’Amorgos)

Qui est extraite des Petites Leçons sur le grec ancien de Jacqueline de ROMILLY et de Monique TREDE. Je ne vais pas faire de teaser, mais c’est un petit livre agréable et très instructif (qui ne s’en serait pas douté ?), dont je vais sûrement parler prochainement, tant il m’a illuminé. Comme quoi, l’année littéraire ne commence pas si mal que ça.

Che – 1ère partie : L’Argentin

Che - 1ère partie : L'ArgentinJe ne pouvais commencer l’année cinématographique autrement. Cinquante ans après la victoire de Fidel CASTRO sur Fulgencio BATISTA, voilà que sort en France la première partie du diptyque de Steven SODERBERGH sur la vie du plus fameux révolutionnaire du XXème siècle, qui, après avoir bercé les rêves de toute une jeunesse, berce ceux d’avides profiteurs qui n’hésitent pas à plaquer bêtement sa célèbre photo sur des T-shirts ou autres mugs… que voulez-vous : la révolution est derrière toi camarade !
Mais assez digresser et revenons au film.

On y alterne subtilement entretien qu’a GUEVARA avec une journaliste etasunienne lors de son voyage aux USA en 1964 (à l’occasion duquel il prononça son célèbre discours à la tribune de l’ONU où il reconnaît : Nuestra lucha es una lucha a muerte) et, surtout, années de guerilla cubaine.
Les plus grincheux diront qu’on passe (un peu trop) vite sur la mythique rencontre avec Fidel au Mexique en 1955 durant laquelle ils parlèrent toute la nuit et furent mutuellement séduits (on aurait d’ailleurs pu prendre un jeune, car Benicio DEL TORO jouant les gamins de 26 ans, on a un peu de mal à y croire…), de même que sur l’expédition calamiteuse du Granma qui prenait l’eau de partout et ne vit pas débarquer tout le monde, et encore moins gagnèrent le maquis…
On s’attarde surtout sur la guerilla proprement dite. Et là, on ne peut qu’être ébloui par un Benicio Del TORO asthmatique transcendé. Qui permet de se rendre compte également à quel point la lutte à dû être difficile pour GUEVARA (moi qui ai pourtant lu quelques bouquins et autres dossiers de-ci de-là, j’ai vraiment pris conscience du courage qu’il lui fallait, lui qui était bien souvent à deux doigts de cracher ses poumons pour parcourir la « jungle » cubaine).
Que les esprits les plus sceptiques, ayant le moins le cœur à gauche se rassurent néanmoins : ce n’est pourtant pas un film à la gloire du Che. Certes, on montre qu’il se souciait de l’éducation (on apprend à lire et à écrire avant de combattre, car les analphabètes sont facilement manipulables…) mais déjà on sent poindre l’intransigeance du futur « boucher de la Cabaña » pour qui le tribunal militaire a toute autorité et droit de vie ou de mort (ainsi fait-il exécuter de sang-froid deux déserteurs qui ont utilisé l’aura de l’armée rebelle pour voler des paysans et violer une jeune fille).
On découvre également comment CASTRO a subtilement écarté le Che du front pour le préserver (il sera en effet plus utile plus tard pour la révolution que pour la révolte actuelle) mais on ne montre pas franchement qu’alors qu’il était le plus proche de La Havane, Fidel demande à Camilo CIENFUEGOS d’entrer triomphalement dans la capitale avec l’Argentin (en effet, symboliquement, il y fallait au moins un Cubain de souche, même si GUEVARA est de la première heure ou presque[1]).

Comme j’ai cru comprendre que la seconde partie s’intéressera cette fois au périple bolivien, on ne verra ni le « boucher de la Cabaña » à l’œuvre ni Camilo de plus en plus populaire et pas trop chaud pour être inféodé à l’URSS disparaître mystérieusement en avion, ni quelques autres commencer à être arbitrairement emprisonnés. Signes que la Révolution était déjà perdue…
Mais ce n’est pas une raison pour le bouder. Contrairement à la plupart des comptes rendus que j’ai lus à droite et à gauche, j’attendrai de le voir, avant d’en parler. En attendant, je ne dirais pas non si on me proposait de le voir une nouvelle fois.

Notes

[1] rappelon qu’il n’a pas été membre du M-26