Demande à la poussière

Demande à la poussière On le sait : c’est pas le nombre de livres à lire qui manque et une bonne huitaine m’attend d’ici la fin de l’année pour honorer ma participation au Blog-o-trésors et au défi de littérature policière sur les 5 continents (peut-être un jour afficherai-je ma modeste PAL d’ailleurs…), mais y’a des livres qui s’imposent à vous comme Demande à la poussière. Je ne sais plus comment j’ai eu vent de l’ouvrage, mais une fois que je l’ai eu en tête, il a été difficile de l’en déloger. Encore plus lorsque j’ai appris que BUKOWSKI l’avait préfacé ! Après avoir écumé vainement deux ou trois librairies, j’ai enfin trouvé mon bonheur et m’y suis plongé avidement, pressé de lire un auteur qui avait, à ce point, marqué Hank !

L’histoire, c’est celle d’Arturo Bandini, jeune provinciale du Colorado, « ni veau ni vache et pas même bon à donner le change », qui vient tenter sa chance en Californie comme écrivain. Enfin écrivain, c’est vite dit : il a 20 ans et une de ses nouvelles seulement a été imprimé dans une revue littéraire. Mais qu’importe ! Bandini croit à son talent et à son avenir : il se voit bien avec un nobel d’ailleurs ! En attendant, la production est loin d’être aisée et la seconde nouvelle a du mal à être rédigée. Et puis, les jours sont durs quand on envisage que l’écriture pour ne pas mourir de faim… Sans compter que s’amouracher d’une serveuse latino n’arrange rien à l’affaire et cause bien du souci et du tourment à notre héros, qui ne sait vraiment pas comment s’en prendre avec la gente féminine… Heureusement, maman est là pour subvenir financièrement, et M. Hackmuth aussi, qui publie une de ses lettres sous forme de nouvelle, contre rémunération, ce qui est toujours bon à prendre. Mais qui n’évitera pas quelques tracas à Arturo…

Bilan : avis plutôt mitigé. D’un point de vue stylistique, y’a rien à dire, c’est inventif, c’est neuf (et pas que pour l’époque), c’est vivant (pas mal de jeunes auteurs feraient bien de s’en inspirer…) :

Assassin ou barman, barman ou écrivain, qu’importe : son sort était le sort de tous, sa fin ma fin ; et ce soir dans cette cité de fenêtres éteintes il s’en trouvait des millions comme lui et comme moi, aussi impossibles à différencier que des brins d’herbe mourante. C’était déjà assez dur comme ça de vivre, mais mourir c’était la tâche suprême. Et Sammy allait bientôt mourir.

Du côté de l’histoire aussi, c’est pour le moins plaisant : le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte (je crois que je vais finir par m’en faire un spécialiste…), le tout sous fond d’Etats-Unis des immigrés de la première moitié du XXème siècle qui ne connaissent nullement l’opulence et doivent se débrouiller comme ils peuvent pour survivre…

Mais il manque un petit quelque chose qui fait toute la différence ! Ou peut-être est-ce de ma faute : je m’attendais à lire un bouquin à la BUKOWSKI, donc je suis parti avec pas mal d‘a priori inconscient… La prochaine fois (car y’aura néanmoins une prochaine fois, ne serait-ce que pour voir ce qui se cache derrière Mon Chien stupide ou encore Le Vin de la jeunesse), je saurai que je lirai du FANTE. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Women

WomenJ’ai découvert BUKOWKI y’a tout juste un an et je ne m’en suis toujours pas remis. Aussi ai-je décidé de me dégoter un autre bouquin pour voir si tout cela n’était que passager… Et ça ne l’est pas !!! C’est le genre de mecs que j’affectionne… Comme GAINSBOURG, ARNO ou LEOTARD (non pas François, mais Philippe ; encore que le premier a pondu un petit pamphlet pas dégueu du tout qui mérite le détour)

Dans Les Contes de la folie ordinaire, c’est surtout l’alcool à outrance qui m’avait marqué, voire traumatisé… Là, c’est la baise à tout va. Autres temps, autres moeurs. Le SIDA n’existait alors pas ; on ne craignait que la syphillis et compagnie (encore qu’on ne précise pas si on se protégeait ou pas… juste qu’on ramone en moyenne une vingtaine de fois avant de jouir. Ou qu’on découvre le cunnilingus…)

S’y alternent également les scènes quotidiennes d’une petite vie de plus en plus rangée (encore que le cochon se tape deux étudiantes allemandes en même temps…), toujours abreuvées d’alcool à tous les étages, et des passages de réflexion (à propos de Céline et de Voyage au bout de la nuit : Après ce bouquin, il a perdu la main, il s’est mis à frimer, à casser les pieds à ses éditeurs et à ses lecteurs. Rudemment dommage. Son talent à disparu ou encore d’autres écrivains etasuniens…)

Petit bémol, à la fin, avec quelques répétitions… c’est pas désagréable en soi, mais on s’en serait passé… Problème de traduction également : traduire shit par merde, ça devait le faire dans les années 80 même si j’ai un peu de mal à le croire…

En résumé, c’est pas le livre que je conseillerai pour rentrer dans le monde de l’écrivain dipsomane le plus célèbre des USA, mais il se laisse lire tranquillement, un petit après-midi estival…

Factotum

FactotumJ’en ai trop brièvement parlé l’an dernier. Faut que je me rattrape, car le film est sublime et faut que ça se sache. C’est le genre d’œuvre qu’on se lasse pas de voir et revoir (au même titre que Good Will Hunting par exemple).

Tout d’abord, Matt DILLON est tout simplement remarquable. Désormais, dès que je suis les aventures de CHINASKI, c’est lui qui s’impose à mon esprit. Seul petit bémol : trop belle geule quand même… le cheveux gras lui donne un style, y’a rien à redire, mais lui manque la bedaine, preuve des années d’alcool… (cf. Women par exemple où il se décrit laid et aimant s’enfiler des petites jeunes…)

Et la musique surtout !!! On ne le dira jamais assez, la bande-son contribue largement à la réussite d’un film. Ainsi, je ne me lasse pas d’écouter les poèmes chantés par Kristin Asbjørnsen. Un pur délice…

N’oublions pas non plus la scène d’ouverture qui nous plonge directement dans le bain : CHINASKI se fait virer après s’être arrêté dans un bar, qu’il venait de livrer… Ni la fin, texte déclamé devant une stripteaseuse, bouteille bière et cigarette à la main…

If you’re going to try, go all the way. Otherwise don’t even start.
This could mean losing girlfriends, wives, relatives, jobs, and maybe your own mind.
It could mean not eating for three or four days.
It could mean freezing on a park bench.
It could mean jail.
It could mean derision.
It could mean mockery. Isolation.
Isolation is the gift. All the others are tests of your endurance.
Of how much you really want to do it.
And you’ll do it, despite rejection in the worst odds. And it’ll be better than anything else you can imagine.
If you’re going to try, go all the way.
There’s no other feeling like that.
You will be alone with the gods and the nights will flame with fire.
You’ll ride life straight to perfect laughter.
It’s the only good fight there is.

Prochaine étape donc, lire Factotum, histoire de comparer, et ses poèmes surtout…

Contes de la folie ordinaire

Contes de la folie ordinaireBUKOWSKI c’est un de ces noms qu’on a plus ou moins entendus et qu’on connait sans trop connaître : il nous dit vaguement quelque chose, mais sans plus. Longtemps, je n’ai eu de lui que l’image de cet extrait d’APOSTROPHES. Je savais simplement que c’était un écrivain américain majeur du XXème siècle, sans plus.
Puis, j’ai vu Factotum, qui se base sur un de ces romans (excellent Matt DILLON, au passage) et qui ne m’a pas laissé indifférent. Comme bien souvent, j’ai ensuite attendu avant de franchir le pas et de lire enfin l’auteur.

J’ai donc commencé avec ces contes, qui sont en réalité un recueil d’une vingtaine de nouvelles, et en français, car je craignais l’utilisation de l’argot (et j’ai eu raison).
Que sont finalement ces contes ? Bien souvent des tranches de vie d’un alter-ego de l’auteur, qui montre un monde de marginal qu’on n’ose à peine imaginer. Attention, âmes sensibles s’abstenir, car là, tout n’est qu’alcool et sexe. Ou presque. On boit et on baise. Pas d’heure pour le whisky ni pour le picrate. On en boit jusqu’à plus soif, et bien plus encore. Tant et si bien que j’avais envie de vomir à sa place, c’est vous dire.
Il serait, néanmoins, abusif de résumer le présent ouvrage à l’alcool. On y découvre aussi l’ambiance hippie d’alors, des expériences de taulard ou d’écrivain en marge du milieu littéraire, des touches de fantastique, des histoires un peu plus sentimentales aussi.
D’ailleurs, si vous n’en lisiez qu’une, je conseille la dernière. La plus poétique, mais aussi la plus tragique. Et, bizarrement, celle où on boit le moins. En résumé, le langage est cru, le quotidien souvent misérable, ça pue la vie à toutes les pages. Néanmoins, je ne conseillerai pas BUKOWSKI aux regards trop chastes.